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Temoignage 1

Date: 16/03/2012

Origine: Darfur, Sudan

Temps passé en Europe: 48 jours

– Alors, parle nous un peu de ton pays.
– En fait, je viens du Darfour, qui fait partie du Soudan, la région de Darfour. Tout le monde sait ce qui se passe là-bas sur le territoire du Darfour. Il y a un génocide et des crimes contre l’humanité, et le président du Soudan, Al-Bashir, est recherché par la Cour Pénale Internationale et jusqu’à aujourd’hui il continue d’attaquer le Darfour et les civils qui y sont.
– Tous les jours ?
– Oui, tous les jours. Tous les jours, il y a des groupes de Janjaweed. Ce sont des gens qui sont soutenus par le gouvernement.
– Qu’est-ce qu’ils font? Comment est-ce qu’ils attaquent ?
– Ils attaquent avec des armes iraniennes, chinoises, et même des — égyptiennes — ils les utilisent. Ils utilisent aussi des capitaines de pays arabes.
– Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’ils attaquent le Darfour ?
– Parce que le Darfour est une région très très riche. Il y a du pétrole, des ressources, et nous voulons être libres. C’est parce que nous demandons la liberté, la justice et le développement. Ce sont trois choses.
– Et c’est pour ça qu’ils viennent et qu’ils…
– Et c’est ça qu’ils ne veulent pas. Le gouvernement du régime du Soudan ne veut pas permettre à la région du Darfour de se développer encore plus quand, pendant longtemps, les Britanniques nous ont donné l’indépendance en 1956. Jusqu’à aujourd’hui au Darfour, le gouvernement, le peuple du nord, la partie nord du Soudan, jusqu’à maintenant ils ont trompé la région du Darfour, et le sud du Soudan est indépendant depuis qu’ils ont demandé un référendum. Et aujourd’hui ils continuent à créer d’autres parties comme le Darfour, alors même que nous voulons aussi notre propre indépendance. On veut se séparer parce que ce régime est tellement…hein…
– Injuste…
– Oui ! Tellement d’injustice. Ils arrivent avec leur régime, et nous sommes aussi des africains, et nous cherchons notre liberté, et nous cherchons notre justice et nous cherchons la paix. Et seulement alors on pourra commencer à vivre mieux. C’est ça que le gouvernement ne veut pas.
– Alors qu’est-ce qu’ils font ? Comment est-ce qu’ils attaquent ? Ils attaquent des civils ?
– Oui ! Oui ! Exactement ! C’est la guerre civile dans ma région ! J’ai été témoin, et tout le monde est témoin. J’ai vu comment ils attaquent. Ils ont beaucoup d’armes, ils sont soutenus de l’extérieur, par la Chine, la Russie, et certains pays Arabes. En fait, c’est la vérité, nous devons le reconnaître. Mais jusqu’à aujourd’hui ils refusent de le reconnaître. Le président Omar al-Bashir, le gouverneur du Soudan, essaie de continuer le génocide au Darfour, et il a repris il y a 3 mois à Jivalnubama et dans les montagnes de Nuba. Mais aujourd’hui, environ 3 millions de personnes du Darfour se sont éparpillées dans des camps de réfugiés, au Chad, dans le centre de l’Afrique, et au nord ouest, au Kenya.
– Ils partent.
– Oui ! Ils quittent le Soudan, et ensuite ils signent des accords avec le Chad, avec le président Idriss Dèby Itno pour trouver des solutions pour eux-mêmes, pas pour les gens au Darfour, ou les gens au Chad.
– Seulement pour les gens qui partent.
– Oui voilà, juste pour eux-mêmes, mais le génocide continue. C’est exactement ce qui se passe en ce moment même dans ma région du Darfour.
– C’est très triste.
– Vraiment. C’est si mauvais ce qui se passe au Darfour. C’est comme l’holocauste. Ce qui s’est passé en Allemagne, oui. Et en fait, on a besoin que les gens et le maire de Calais voient cette situation, et il faut que le gouvernement français ne déporte pas de soudanais. Ne déportez pas les soudanais ! Parce que quand ils déportent vers le Soudan, ils ne peuvent pas vous laisser en liberté, ils vous mettent en prison. Une prison qu’on appelle des fausses prisons. Etre dans une fausse prison c’est très très mauvais, les civils peuvent y mourir… énormément de gens, beaucoup de mes amis et des mes compatriotes…et des étudiants, ils les attrapent à l’université.
– Ils les attrapent ?
– Oui. Et depuis 2003, 2004, 2005 et 2008. Jusqu’à maintenant, je n’en ai jamais vu. Jusqu’à maintenant, je ne voyais pas. C’est comme ça…c’est pour ça que j’ai fui cette région. Vous êtes à l’université du Darfour. Oui, c’est mieux pour obtenir du soutien de votre groupe, et ils viennent vous attraper et ensuite…
– Et qui sont les gens qui souffrent le plus de ces régimes ? Ce sont les enfants ? Les femmes ? Les jeunes ? Ou tout le monde ?
– Oui en fait, exactement. Exactement ! Il y a trois ou quatre tribus au —. Parce que ces trois ou quatre tribus étaient les partenaires originels du Darfour. La tribu Masali, Zaghawa, et —, ces quatres tribus de la région ont formé un royaume, qui a duré longtemps, 2000 ans, et d’autres tribus sont venues de l’extérieur. Mais ça nous dérangeait pas ces gens qui venaient de l’extérieur, on leur donnait la terre… Le gouvernement a gâché cette communauté du Darfour. Il soutient quelques tribus, dit qu’on est des arabes, ces gens ne sont pas arabes, ils sont africains. Mais certaines autres tribus ont oublié leur langue parce qu’ils pensent qu’on est arabes. Mais le Soudan n’est pas arabe. Le Soudan c’est l’Afrique ! Le Soudan c’est l’Afrique, c’est un pays africain. Si vous considérez le Soudan du Nord, leur tribu est appelée Nuba. La tribu Nuba ce sont des vrais africains. Et oui c’est ce qu’on est ! Comment est-ce qu’on est devenu arabe ? On n’est pas arabe. Mais comment a-t-on appris la culture arabe ? Parce qu’au Soudan, 70% des gens sont musulmans. Ils sont islamiques. Et 30% sont chrétiens, et peut-être 1% des gens n’ont pas de religion. Mais à travers l’Islam vous en venez à parler arabe. Nous pouvons parler et écrire l’arabe. Et ensuite, la langue arabe est la langue générale aujourd’hui, et nous avons d’autres langues locales en parallèle. Le Soudan a abrité un millier de tribus. Et 900 langues.
– Chaque tribu a sa propre langue.
– Oui.
– L’arabe est la langue officielle du pays.
– Oui ! Si vous parlez arabe, tout le monde vous comprend au Soudan ! Certains le parlent, d’autres le comprennent. Surtout mon peuple, le peuple du Darfour, ils ont des montagnes, les Montagnes de Jebel Marra, très hautes, certains n’ont jamais vu la terre tout en bas.
– Ils ne sont jamais descendus des montagnes.
– Voilà. Ils n’en sont jamais descendus.
– Ils sont isolés.
– Tout est élevé. Ils grandissent, ils naissent là-bas. Tout est disponible là-bas. Ils ont des genres de fruits spéciaux, tout est disponible. Pas besoin de revenir, mais ils ne savent pas comment parler arabe. C’est tellement mal. Mais nous n’oublierons jamais ce génocide. Nous n’oublierons jamais, jamais ce génocide, ce qui se passe au Darfour. ¿we our country for our division? et ensuite on récupérera notre peuple.
- Quand tu dis génocide, tu veux dire qu’il y a des attaques militaires contre les villages ou bien…
– Oui. Les militaires attaquent les villages, ils attaquent les gens qui vivent sans problème et ils ont des troupes spéciales comme les Janjaweed. Et puis ils embauchent d’autres gens d’autres pays comme le Mali, le Niger, le Chad, qu’ils utilisent comme mercenaires.
– Des mercenaires ?
– Oui. Et ils attaquent les gens et les citoyens du Darfour. Ils sont soutenus, on leur donne des armes, des voitures, comme ça, et ils vont tuer des citoyens du Darfour.
– Dans leur maison, sans aucune raison.
– Oui, chez eux ! Ils mettent le feu, ils détruisent n’importe quoi, et ils violent les filles. Inhumain ! Oui. C’est ce qui se passe dans la région du Darfour. Mais moi, je viens ici. Et je veux continuer mon voyage.
– Donc tu tentes ta chance en Europe, tu recherches la liberté et n’importe quelle possibilité…
– Oui. Oui. J’essaie ma chance en Europe et après ça on verra.
– Donc qu’est-ce que tu as trouvé en Europe quand tu es arrivé ? Est-ce que tu as trouvé que l’Europe veut t’aider ? ou as-tu trouvé une issue, une chance pour toi ou une solution ?
– Hé ! Je n’ai rien trouvé en Europe. Vous voyez la situation maintenant. Par exemple, ce mat… hier matin… ils nous ont sortis de l’African house, ils veulent la détruire et aujourd’hui, nous n’avons pas d’endroit où dormir. Et le temps est si mauvais, le temps est si froid. Bon nous dormons, quelques personnes dorment dans la jungle, sans abri et sans tente.
- Comment est la jungle ?
– La jungle est très mauvaise. Il n’y a rien… seulement… C’est la jungle, c’est une jungle normale.
– Il n’y a rien là-bas…
– Rien, il n’y a rien. Rien, rien. Pas de lumière, rien. Nous ne faisons pas attention aux serpents ou aux maladies. Mais, je le répète encore une fois aux gens, je veux dire : S’il vous plaît, le maire de Calais doit être… doit voir ce problème et trouver une solution pour les migrants. Et quand nous venons ici, nous venons juste ici pour trouver des solutions, nous ne sommes pas des criminels, nous ne sommes pas de mauvaises gens, simplement nous venons ici parce que nous fuyons nos régions et nous délivrons un message sur ce qui se passe dans notre pays.
- Est-ce que tu penses que les gens ici en Europe, savent ? Est-ce que tu sens qu’ils vous comprennent quand vous venez ici ? Est-ce que tu penses qu’ils savent ce qu’il se passe dans votre pays ?
- Oui ! Je le pense. Je le pense, ils savent, beaucoup d’entre eux. Surtout le gouvernement français et l’Union Européenne. Ils savent ce qu’il se passe au Darfour et ce qu’il se passe au Soudan, et ce que fait le régime soudanais en ce moment… et… sur son territoire. C’est comme la Lybie. La relation avec la Lybie est… est très… c’est plus petit que le régime du Darfour… ou le régime du Soudan. Ok, pourquoi ? Le régime de la Lybie a été renversé après sept ou huit mois. Qu’en est-il du gouverneur du Soudan ? Il reste en place de 2003 ou 2002 jusqu’à maintenant. Combien d’années ? 9 années. Ils continuent à tuer des gens. Personne ne les arrête. Il n’y a pas …….. Rien ne se déclenche. 
- Et plein de gens doivent fuir.
- Oui. Ils ont vraiment besoin d’aide et ils ont besoin qu’on leur donne une chance de trouver une autre issue, un meilleur endroit qu’à Calais.
– Tu veux aller en Angleterre, n’est-ce pas ?
– Oui, tu sais pourquoi ?
– Pourquoi ?
– Quand je.. Quand je suis arrivé à… Moi je suis arrivé le 10 février 2012, et quand je suis arrivé à Paris, j’ai dormi dans la rue ! Le gouvernement s’en fiche ! Comme la police, comme la sécurité, c’est ce genre de gouvernement !
– Oui. Ce sont les autorités.
– Ils ne viennent pas à notre secours ! Pourquoi ?! Je ne veux pas… Je ne veux pas demander l’asile ici. Ce… Je trouverai un meilleur endroit qu’ici. Mieux que la France.
- Tu pense que l’Angleterre est mieux que la France.
– Oui, je le pense, oui, je pense que l’Angleterre est meilleure parce qu’ils ont… un traitement humain. Et ils aident les réfugiés. Et ils ont des lois pour les réfugiés… juste… ils aident les réfugiés. Ils les aident dans leur education. C’est très important. L’éducation est très importante. Et… Ils peuvent tout faire. Moi je crois, je crois que le Royaume-Uni peut tout faire… pour les réfugiés. C’est ce que nous devons reconnaître. Le Royaume-Uni est mieux.
– Au Royaume-Uni, est-ce que les gens vivent dans des endroits comme l’African House ?
– Non. Jamais. Jamais. Ils ne vivent pas comme ça.
– Quand vous arrivez là-bas, ils vous donnent un endroit ou… où vis-tu ?
– Quand vous arrivez là-bas… comme l’accord avec l’Irlande pour les empreintes.
– Oui. La loi Dublin.
– Dublin ! Excusez-moi. Je parlais juste du pays. Je ne parlais pas de la capitale. Désolé. Mais… Ils disent : si vous avez vos empreintes dans un autre pays en Europe, peut-être que vous y serez déporté. Si vous n’avez pas donné vos empreintes ailleurs vous aurez des papiers et vous aurez un logement, et un accès à l’éducation. Donc… c’est mieux qu’ici.
– Parce qu’ils vous donnent un logement, et un accès à l’éducation.
– Oui ! Parce qu’il vous donnent un logement, et ils vous donnent… vous allez à l’école, et ils vous donnent du travail, un peu, et ils vous donnent un salaire.
– Et ici en France ils ne vous donnent rien.
– Oui ! En France ils ne donnent rien.
– Les gens à l’African House… comment vivent-ils là-bas ?
– C’est pas bon. C’est une mauvaise vie ! Nous vivons… nous vivons près de notre merde !
– Près de votre merde ?
– Oui ! Près de notre merde ! Ca pue ! Exactement ! Pas de lumière ! Il n’y a pas de soins, c’est… pas d’environnement !
– Pas… ?
– Pas d’environnement !
– Environnement.
– Environnement. Ca n’est pas bon. Comment nous vivons… C’est plein d’ordures. Et la maladie. Plein de maladies. Il n’y a pas de soins de santé. Mais nous croyons en Dieu.
– Et comment les Calaisiens réagissent-ils au fait qu’il y ait une African House ? Est-ce que les calaisiens sont désolés, et la police de Calais ? Comment se sentent-ils ? Comment penses-tu qu’ils se sentent face à tout ça ? Sont-ils heureux ? Pensent-ils : « oh, pauvres gens » ?
– Non. Ils se sentent… ils se sentent en colère. Mais je ne voudrais pas dire que ce sont eux tous, que ce sont tous les calaisiens. Peut-être 10 % nous aiment bien. Et 90 ou 80 % ne nous aiment pas. En fait…
– Comment sais-tu qu’ils ne vous aiment pas ?
– Mais je le sais quand je… Je vois leurs visages. Quand vous allez dans la rue vous pouvez… vous le savez. Vous savez quelles personnes n’aiment pas les étrangers, quelles personnes aiment les étrangers. Vous savez. Tout le monde pense qu’ils ont… ils le sentent… Vous savez.
– Et la police. Comment vous traite-t-elle ?
– La police nous traite comme… comme des animaux. Ils ne veulent pas qu’on reste à Calais. Ils ne veulent pas qu’on se ballade autour du centre de Calais. Nous venons pour la liberté ! Nous cherchons la liberté et la justice. Mais je ne les vois pas ici, en France ou à Calais. C’est ma seconde ville, ma première ville était Paris, et Calais la seconde. Mais je n’ai rien vu d’humain. Je n’ai rien vu d’humain. Exactement.
– Et hier, quand la police est venue fermer l’African House ? Peux-tu nous raconter ce qu’il s’est passé ?
– Oui, ils ont fermé la maison. Ils étaient 100, 150 policiers.
– 150 ?
– 150, oui. 150 policiers. Ils sont venus pour emmener les gens. Les gens sans… avec rien. Juste pour les sortir dans la rue. Et ils n’ont pas… ils n’ont pas proposé un nouvel endroit ou une nouvelle maison pour nous. Juste emmenés. Comme des animaux ! Jusqu’à maintenant, nous ne savons comment nous pouvons vivre. Et nous n’avons pas de maison. Et nous n’avons aucun recours. Les gens. Il n’y a pas d’organisation. Seulement les No border. Ils restent avec nous. Et Salam. Il y a une assistance pour la nourriture. Actuellement nous ne savons pas comment faire. Aujourd’hui la police est venue, parce que la nuit dernière des gens sont restés à Salam, avec une tente et une couverture. La police est venue : « après 14h tout le monde doit partir, si personne ne s’en va nous les arrêtons et prenons leurs sacs, tout… leurs affaires, leurs couvertures ».  Et ils sont partis comme ça. Ils veulent que nous mourrions ici. Exactement… Je ne sais pas ce que nous devons comprendre. Ils font de la discrimination.    
-Discrimination.
– Discrimination, oui. C’est ça… exactement. Je veux envoyer ce message, à ces gens qui n’aiment pas l’immigration et peut-être… ces gens peuvent venir… qu’ils voient nos problèmes  et qu’ils peuvent donner… nous donner du respect… ils peuvent nous aider… nous, les réfugiés. Parce que nous ne sommes pas des criminels, nous ne sommes pas de mauvaises personnes. Nous venons pour la liberté. Nous cherchons la liberté et nous cherchons quelque chose de meilleur. Et nous pouvons développer l’Europe. Oui.
– Ok, merci beaucoup.
– Oui, merci ! Je t’en prie.

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