EXPULSION DE CAMPEMENT EN VUE

Ce petit campement est un résultat de la campagne d’expulsions de l’automne dernier, qui avait débuté le 5 septembre par l’évacuation du squat de la rue Mouron, habité par des exilés de Syrie et d’Afrique de l’est.

Après des expulsions en série, un petit groupe d’exilé a trouvé à s’abriter sous une halle ouverte d’une usine abandonnée, derrière le chantier d’un supermarché. Ils n’embêtaient personne, ni les propriétaires, ni les ouvriers du chantier, ni les vigiles, et personne ne les a embêtés.

Mais le chantier arrive à sa fin, et une clôture est en cours d’édification, qui va fermer le site de l’ancienne usine. Les exilés, qui sont actuellement une dizaine, Égyptiens et Syriens, dont certains sont peut-être mineurs, ont été informés qu’ils devraient quitter les les lieux prochainement. Aucune décision d’expulsion ne leur a été signifiée, mais une intervention de la PAF pour leur faire quitter les lieux serait prévue pour le début de la semaine prochaine.

Malgré les ouvertures faites par la préfecture à l’occasion de la visite à Calais du ministre de l’intérieur, on ne voit pour cette expulsion aucune concertation, aucun diagnostic de la situation, aucune mesure de relogement. C’est pourtant la démarche prévue par la circulaire du 26 août 2012 envoyée à tous les préfets et signée par sept ministres.

 

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PENDANT CE TEMPS-LÀ, LE HARCÈLEMENT POLICIER CONTINUE

La concertation avec les associations pour le relogement des habitantes du squat de la rue Victor Hugo, annoncée par le préfet, se fait attendre. Le temps passe vite, les occupantes ont été mises en demeure de quitter les lieux avant le 20 février. On est aussi sans nouvelle de la concertation annoncée pour un diagnostic des besoins des habitants des différents campements de la région, pouvant déboucher sur la création de « maisons des migrants ».

Pendant ce temps-là, sur le terrain, le harcèlement policier continue. Destructions de tentes et disparition des affaires personnelles à la Jungle des Soudanais. Fermeture d’un bâtiment habité par un groupe d’exilés soudanais, les effets personnels étant enfermés à l’intérieur. Rafles au petit matin au campement de la rue Lamy, avec arrestations et placements en rétention. Réveils matinaux plus ou moins brutaux par la police pour compter les habitants d’un campement. Visites de la police pour photographier. Présence policière dissuasive autour du lieu aménagé pour la distribution des repas, aux heures des repas. Contrôles au faciès sur la voie publique et dans les lieux publics.

Depuis dix ans, encore et toujours.

 

4 000 LOGEMENTS VACANTS À CALAIS

L’information, qui interpelle, provient d’un tract de la campagne pour les municipales à Calais : « 4 000 logements vacants soit 1 logement sur 10 ».

Vérification faite, Calais avait déjà plus de 9% de logements vacants en 2010, dont la moitié vacants depuis plus d’un an (http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/atlas-cartographique-habitat-region-nord-pas-de-calais.pdf p.16), et la situation s’est accentuée depuis.

Cette situation, due la crise, offre aussi un potentiel pour résoudre les questions de sans-abris et de mal-logement à Calais, qu’ils concernent les habitants ou les exilés : des logements inoccupés existent en grand nombre. Il s’agit de les rendre disponible, et souvent de les réhabiliter (les logements peuvent être inoccupés en raison de leur mauvais état, et s’ils vides longtemps ils se dégradent).

C’est une question de volonté politique.

Et un débat pour les municipales.

 

MANIFESTATION ANTI-MIGRANTS

Avec une cinquantaine de participants, soit à peine plus que leur manifestation de novembre, après deux mois de préparation, et des soutiens régionaux dans ces cinquante participants, la manifestation anti-migrants de ce samedi n’a pas été un succès. Les mots d’ordre ont visiblement du mal à intéresser les Calaisiens.

 

Il faut néanmoins rester vigilants, et voir avec le temps comment les choses évoluent, et notamment s’il s’agit d’un simple mouvement pré-électoral ou de quelque chose de plus profond.

 

En parlant des élections, si on reprend les déclarations de Natacha Bouchart, maire de Calais, au moment de la visite de Manuel Valls (Nord Littoral, 12 décembre 2013) :

 

« […] Par contre, je demanderai aussi l’expulsion des no borders du territoire de Calais.  Pour quelles raisons ? Ils créent le trouble dans les associations et perturbent l’ordre public… Ils doivent être exclus. Mais la justice dit qu’elle n’a aucun pouvoir. Et quelles relations avez-vous avec les associations ? Cela se passe plutôt bien, mis à part avec Médecins du monde qui ne prend pas en compte l’aspect calaisien de la situation. […] Quel poids aura le dossier Migrants dans la campagne des municipales ? Il va peser lourd… La population attend de la fermeté et de l’humanité… Elle ne veut surtout pas de squats à côté de chez elle… »

 

et les mots d’ordre des organisations de la manifestation (Huffington Post, 11 janvier 2014)

 

« Le groupe revendique entre autre « l’expulsion des migrants du territoire Calaisien », « l’arrêt de toute subvention attribuée aux migrants », l’interdiction du mouvement « No Border » (des militants qui viennent en aide aux migrants), ou « l’arrestation de toute personne qui héberge des clandestins ». »

 

on trouve des convergences inquiétantes, surtout après l’interdiction par la maire de Calais d’un festival interculturel et son appel à la délation sur facebook. Ces convergences politiques sont aussi à suivre, puisqu’elles engagent l’avenir en terme de projet municipal.

 

Troisième point à suivre, la cordialité visible entre certains policiers et les manifestants au départ de la manifestation, l’intervention violente d’un policier pour empêcher une militante No Border de filmer le cortège – alors qu’il est tout-à-fait légal de filmer une manifestation sur la voie publique, ou l’intervention dissymétrique de la police en fin de manifestation lorsqu’il y a eu des tensions entre manifestants et contre-manifestants. Au moment où la compagnie de CRS tournant toutes les trois semaines et dédiée à la chasse aux exilés, va être remplacée par une compagnie stable ayant la même mission, venant habiter à Calais avec sa famille et s’intégrant à la population, c’est un autre point à réfléchir.

 

 

 

RAPPORT ANNUEL SUR LES CENTRES DE RÉTENTION : COQUELLES

Le rapport 2012 sur les centres et locaux de rétention administrative publié par les associations qui y interviennent est sorti tardivement, en décembre. Il contient des informations intéressantes concernant le centre de rétention de Coquelles, près de Calais, qui questionnent les pratiques de la police aux frontières.

http://www.lacimade.org/publications?category=Rapports+sur+la+r%C3%A9tention+administrative

La première question concerne les conditions d’interpellation des personnes placées en rétention.

En 2012 :
73 % d’entre elles ont été interpelées à la frontière
13% lors d’un contrôle de police
Dans 9% des cas les circonstances de l’interpellation sont inconnues

À titre de comparaison, on avait pour 2011 :
83% de circonstances d’interpellation inconnues
13% à la frontière
3% lors d’un contrôle de police sur la voie publique

À titre de comparaison toujours pur 2012 : au centre de rétention (CRA) Lille – Lesquin, 41% des personnes placées en rétention ont été arrêtées lors d’un contrôle de police, et 50% au CRA de Nice.

Calais étant à une frontière extérieure de l’espace Schengen, il n’est pas surprenant qu’il y ait beaucoup d’interpellations à la frontière. Mais il y a aussi des contrôles quotidiens dans les lieux de vie des exilés et au faciès sur la voie publique ou à la gare (1% des personnes placées en rétention ont été interpelées lors d’un contrôle de police à la gare).

On peut se féliciter que les contrôles répétés dans les lieux de vie, sur la voie publique et dans les lieux publics débouchent rarement sur un placement en rétention, mais du coup ça pose la question de la motivation de ces contrôles : à quoi servent-ils ? Et ça peut conduire à s’interroger sur leur légalité : absence de motivation du contrôle, contrôle dans un lieu privé où la police n’est pas censée aller, c’est peut-être la faiblesse juridique qui conduit à renoncer au placement en rétention.

Ça mérite qu’on s’interroge, même si un souci de clarification est visible, puisqu’on est passé du taux faramineux de 83% de circonstances d’interpellation inconnues en 2011 à 9% en 2012.

Seconde question, la première nationalité présente au CRA de Coquelles est représentée par les ressortissants albanais, qui représentent un quart des personnes retenues.

D’une part les Albanais représentent nettement moins d’un quart des exilés présents à Calais. D’autre part ils n’ont pas besoin de visa pour un court séjour (moins de 3 mois) dans l’espace Schengen, et sont donc a priori en situation régulière en France, sous réserve de ne pas avoir dépassé cette durée de trois mois. Cette sur-représentation des Albanais au CRA interpelle donc.

D’un autre côté, la levée de l’obligation de visas de court séjour s’est échangée contre un accord de réadmission avec l’Albanie, qui rend facile et rapide le renvoi de ses ressortissants. C’est donc un bon moyen de faire du chiffre.

Troisième question, l’utilisation du fichier EURODAC pour déterminer le pays européen où renvoyer un exilé. S’il est compliqué de renvoyer vers des pays comme l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran ou le Soudan, il est par contre plus simple de renvoyer des ressortissants de ces pays vers un pays de l’espace Schengen par lequel elles ont transité. Encore faut-il trouver un pays européen où les renvoyer.

Le rapport fait mention de l’utilisation du ficher EURODAC dans ce but, et en l’absence de toute demande d’asile en France :
« L’OQTF indique que « la consultation du fichier Eurodac a  révélé que l’intéressé était connu en (pays). Considérant toutefois qu’il  ne ressort pas des pièces du dossier que l’intéressé ait présenté une  demande d’asile en France … »

Or le règlement EURODAC limite la consultation de ce fichier à vérification en cas de demande d’asile en France qu’un autre pays n’est pas responsable de cette demande d’asile :
« les données dactyloscopiques et  les autres données à caractère personnel ne peuvent être traitées dans Eurodac qu’aux fins prévues à l’article 15, paragraphe 1, de la convention de Dublin.  » (article 1-3)
« Chaque État membre communique à tout État membre qui en fait la demande les informations
individuelles qui sont nécessaires pour:
– déterminer l’État membre responsable de l’examen de la demande d’asile,
– l’examen de la demande d’asile,
– la mise en œuvre de toutes obligations découlant de la présente convention. »
(article 15-1 de la Convention de Dublin)

Le rapport développe (page 69) les différentes méthodes utilisées pour renvoyer les personnes dans un autre État de l’Espace Schengen, contestables du point de vue de la légalité comme du point de vue de l’efficacité, puisque les personnes expulsées sont de retour dans les jours qui suivent. Il s’agit à la fois d’une manière de faire du chiffre en matière d’expulsion et d’une modalité de harcèlement, renvoyer les gens d’un pays à l’autre, qui s’ajoute à d’autres décrites par le Défenseur des Droits dans sa décision concernant Calais.

 

POUR DE MEILLEURS VOEUX

Ça y est, le démontage des grilles qui entourent le port a commencé. Les 10 millions de passagers qui passent par le port de Calais chaque année peuvent à nouveaux aller librement vers la ville. Les restaurants et les commerces en reçoivent un solide bol d’oxygène.

Pour s’excuser des souffrances causées ces vingt dernières années par la politique de contrôle aux frontières, la reine d’Angleterre a offert un billet gratuit aux mille premiers exilés qui se présentaient pour traverser la Manche. Les suivants se dirigent vers les bureaux des compagnies de ferry.

Bien sûr, la situation nouvelle ne fait pas que des heureux. Les passeurs se retrouvent sur la paille. Mais pour beaucoup d’entre eux, qui faisaient ce métier pour payer leur propre passage ou envoyer un peu d’argent à leur famille, le changement est finalement bénéfique. Les autres envoient leurs CV aux banques et à la haute finance, où leur profil est parait-il apprécié.

Le ministre de l’intérieur lui-même a trouvé à se convertir : vêtu d’un slip panthère, il travaille comme dompteur dans un cirque.

Alors… bonne et heureuse année !

 

DOUCHES ?

Les douches pour les exilés ont été incendiées le 29 décembre. Aussitôt, les autorités préfectorales se rendent sur les lieux, communiquent, annoncent.

Première annonce : les exilés peuvent se rendre à la PASS (Permanence d’Accès au Soins de Santé) pour s’y doucher. Certes : c’est ce qui se fait toute l’année, ça soulage d’ailleurs un peu dispositif particulièrement lourd mis en place par la mairie et géré par le Secours catholique, qui doit faire la navette avec un minibus pour emmener les exilés dans une zone industrielle excentrée.

Deuxième annonce : une rencontre est prévue avec la mairie, toutes les solutions vont être étudiées, les douches d’un équipement sportif seront peut-être réquisitionnées.

Troisième annonce : on ne réquisitionnera rien, les exilés peuvent aller à la PASS se doucher. Ce qu’ils font déjà toute l’année.

Une semaine d’annonces pour ne rien faire.

Le volet « humanité » annoncé par Manuel Valls a décidément du mal à se concrétiser.

210 EMPLOIS : EN FAIRE UNE RICHESSE POUR CALAIS

Nous avons appris par le syndicat CFDT de la Chambre de commerce et d’industrie de Calais que la sécurisation de la frontière britannique ici représentait 210 emplois directs.

Ce qui veut dire qu’il y a de l’argent pur payer 210 personnes : est-ce qu’on ne pourrait pas réfléchir à son emploi ?

Comme le disent les rapports de la Fondation Abbé Pierre http://www.fondation-abbe-pierre.fr/sites/default/files/content-files/files/rml-nord-pdc-2013.pdf , Calais connait au-delà de la question des exilés d’importants problèmes de mal-logement.

Et si nous avions 210 emplois pour réhabiliter des logements vétustes ou inconfortables, et pour rendre habitable des bâtiments vides, pour que chacun soit logé dans des conditions décentes ?

Calais est profondément touchée par la crise, et de nombreuses personnes se trouvent exclues ou face à des difficultés souvent graves.

Et si nous avions 210 emplois pour renforcer les solidarités et tisser du lien social ?

Calais est le principal point de passage entre le Royaume-uni et le continent européen, c’est aussi une station littoral d’une des régions les plus peuplées de France.

Et si nous avions 210 emplois pour faire de Calais une ville accueillante ?

Puisque l’argent existe pour verser ces salaires, le débat est ouvert pour des emplois utiles à la population, aux visiteurs et aux gens de passage.

 

LE PRÉFET PYROMANE

Les douches gérées par le Secours catholique et à l’usage des exilés ont été à nouveau incendiées dans la nuit de dimanche à lundi.

Pas plus tard que jeudi dernier, le préfet du Pas-de-Calais désignait les exilés comme un facteur d’insécurité et comme les responsables de la mauvaise situation économique du centre commercial des 4B, au centre de Calais. Comment s’étonner après plus de dix ans de ségrégation, de criminalisation et de discours stigmatisants de ce type que cela conforte et renforce des réactions de rejet, et que cela provoque des actes comme celui-ci ?

Mais ces douches sont en elles-mêmes une aberration. Implantées en pleine zone industrielle, à l’écart de tout, il faut tous les jours que des bénévoles du Secours catholique fassent la navette en fourgonnette pour emmener et ramener les exilés. Elles ont été implantées là pour reléguer les exilés à la périphérie, tout comme elles ne sont pas ouvertes au reste de la population.

Pourtant, l’aggravation de la pauvreté et du mal-logement fait que des Calaisiens n’ont plus d’eau courante ou d’eau chaude chez eux.

Autrefois, il y avait des bains-douches municipaux, qui permettait à chacun de se laver. C’est à nouveau de cela qu’on a besoin, sans distinction entre migrants et Calaisiens, pour répondre à un besoin commun. En attendant une politique du logement, de l’accueil et de lutte contre la pauvreté, dont on espère qu’elle viendra vite.

 

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