Les symptômes se font sentir dans les campements du côté français de la frontière : il y a une grosse mobilisation policière et médiatique en Belgique sur les migrants qui viendraient de France et qu’on retrouve sur les parkings d’autoroute pour monter dans les camions. Des exilés racontent comment ils ont été encerclés par un nombre important de policiers sur les parkings ou à proximité, tandis que des télévisions belges viennent dans les campements en France filmer les envahisseurs près à se ruer sur leur pays.

Comme d’habitude, il faut distinguer la réalité de la mise en scène.

La réalité, c’est que des exilés essayent de passer en Angleterre par les camions montant dans les ferrys dans les ports belges, Ostende et Zeebruges. C’était déjà le cas à l’époque où le Centre de Sangatte existait près de Calais (entre 1999 et 2002), mais le phénomène est devenu plus important avec la dispersion des exilés qui a suivi sa fermeture. Traditionnellement on avait une situation proche de celle de Calais à Ostende, tandis que Zeebruges était un simple lieu où les exilés venaient la nuit tenter le passage, mais sans lieux de vie permanents. La situation a évolué récemment avec l’interruption des liaisons ferry entre Ostende et l’Angleterre.

Et puis il y a un autre phénomène, les exilés remontent vers des parkings autoroutiers plus loin des ports, parce qu’il y a moins de contrôles. Ainsi des exilés viennent de France pour monter sur des parkings belges dans des camions qui reviennent le plus souvent vers Calais pour traverser vers l’Angleterre. Là encore, ce n’est pas nouveau.

Et comme il y a des accords franco-britanniques portant sur le contrôle de la frontière, il y a des accords franco-belges. Si le phénomène est moins visible en Belgique, on remarque depuis quelques années une intensification des opérations policières et de leur médiatisation.

Alors pourquoi ces déploiements policiers et cette médiatisation maintenant du côté belge ? S’agit-il simplement d’un signal en direction de l’opinion belge, le gouvernement se mettant en scène comme protecteur actif contre l’Invasion ? Ou d’un jeu plus complexe qui implique aussi le Royaume-uni et la France ? Après tout, Manuel Valls, ministre français de l’intérieur, a fait en décembre une visite médiatique à Calais, a évoqué la renégociation des accords franco-britanniques, a évoqué la possibilité d’un accueil plus digne des exilés – tout en consolidant les moyens de répression. Ce genre de visite médiatique du ministre de l’intérieur ou de l’immigration s’est accompagnée dans le passé de nouveaux accords franco-britanniques (Sarkozy et le Traité du Touquet en 2002-2003, Besson et le Sommet d’Évian en 2009). Mais dans nos pays de grande transparence démocratique, il est difficile de savoir ce que les gouvernements négocient en notre nom.

 

 

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