C’est maintenant confirmé, Manuel Valls viendra à Calais, ce jeudi 12 décembre.

Calais est depuis plus de dix ans une étape obligée des ministres de l’intérieur et de l’immigration, dans le cadre d’une tournée médiatique où on y parle de migrations et de frontières, tandis qu’on parle de dealers dans les quartiers nord de Marseille, de Rroms ou de terrorisme dans d’autres endroits. La localité choisie se trouve folklorisée, et le ministre se met en scène dans son rôle de défenseur des Français contre ceux qui les menacent. On pourrait bien sûr se demander si les migrants sont une vraie menace pour les Calaisiens en ces temps de chômage, mais la mise en scène de ce genre de visite évacue volontiers ce genre de question.

Avec Sarkozy tout nouvellement nommé ministre de l’intérieur, ç’avait été la fermeture du centre de Sangatte en 2002. Les exilés avaient officiellement disparu du Calaisis. La répression policière et le délit de solidarité ont été utilisés pour tenter en vain de donner à la réalité une image plus conforme à la propagande ministérielle. Début 2003 a été signé le traité franco-britannique du Touquet.

La mise en scène d’Éric Besson a occupé pratiquement toute l’année 2009. Dès le début de l’année il vient à Calais « prendre connaissance de la situation ». En avril, il revenait annoncer ce qu’il avait décidé. Pour donner plus d’écho à sa venue, une rafle avait eu lieu la veille à la jungle des Afghans. L’arrestation et le placement en garde-à-vue de 150 personnes avait été présentée comme une « répétition » de l’évacuation annoncée du campement. Le nombre d’exilés présents a Calais a augmenté de manière anormale entre fin 2008 et juillet 2009 pour attendre plus de 1200 personnes, avant de décroitre rapidement pendant le reste de l’été. Il restait moins de 600 personnes à la mi-septembre. Le 22 septembre a lieu la « fermeture de la Jungle de Calais », c’est-à-dire l’arrestation brutale des 250 habitants restants du bidonville au petit matin, leur dispersion aux quatre coins de la France et la destruction du campement en présence du ministre guidant les journalistes. La destruction avait été annoncée par le ministre à la télévision une semaine auparavant. Elle a été suivie pendant trois semaines par les destruction de pratiquement tous les squats et campements du Calaisis et de plusieurs autres dans la région. Une partie des exilés se sont retrouvés sous les ponts, dans des tentes et dans les parcs en plein centre-ville, et la police a passé l’automne à les en faire partir vers des endroits moins visibles. En juin et juillet 2009, les gouvernements français et britannique ont signé un arrangement portant sur le contrôle à la frontière, comportant un important volet financier sur la répartition des coûts des nouveaux équipements et infrastructures à réaliser, ainsi qu’un volet répressif engageant surtout la partie française.

Manuel Valls semble adopter un style différent pour se mettre scène. Une venue annoncée, sans cesse différée pendant plusieurs mois, confirmée deux jours avant. En tout cas pas assez de temps pour organiser une protestation qui pourrait mettre à mal son image de popularité. Entre temps, une série d’expulsions de squats ont rendu les exilés particulièrement visibles dans la ville, avec notamment un campement à deux pas du port et un autre à 500 mètres de l’hôtel de ville. Une rencontre avec les associations est organisée dans la précipitation, présentée comme la quatrième des tables-rondes mises en place depuis un an par le préfet du Pas-de-Calais. Là, erreur de casting, les trois précédentes réunions, auxquelles une partie seulement des acteurs concernés sont invités, n’ont débouché sur aucun changement concret, et le préfet refuse de répondre aux multiples interpellations des associations.

Mais surtout, derrière les mises en scènes, les politiques ne changent pas, sauf quand elles empirent. Et les gouvernants semblent impuissants à faire autre chose.

 

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