La visibilité des campements, que nous abordions dans un billet du mois dernier https://vibrations0migratoires.wordpress.com/2013/11/10/nombre-et-visibilite/ , fait débat.

Tant mieux si ce débat fait avancer les choses. Résumons la situation : l’évacuation du squat de la rue Mouron début septembre a entrainé après une phase de dispersion la constitution d’un campement place de l’Europe, à l’entrée du port (ou à l’entrée de Calais quand on vient du port). L’évacuation du squat de la Rue neuve un mois et demi plus tard a entrainé la constitution d’un campement au bord du bassin de la Batellerie, à deux pas de l’hôtel de ville.

Notons que dans les deux cas, le préfet a choisi de ne pas appliquer la circulaire du 26 août 2012 – diagnostic de la situation, concertation, solutions de relogement : la situation aurait pu être différente.

À cette question de visibilité, et d’image qu’elle donne de la ville, ajoutons une question de plus long terme – dix ans maintenant : Calais s’étale dans les médias pour la situation faite aux exilés, pour les violations des droits de l’homme, pour les atteintes à la dignité humaine. Les appels à la délation sur facebook n’améliorent pas les choses : c’est ça une ville où il fait bon vivre ?

L’intérêt bien compris du territoire et la préoccupation pour les droits et la dignité humaine se rejoignent : il faut en finir avec cette politique. La présence de quelques centaines d’exilés sur le territoire calaisien est une donnée durable, liée à la situation géographique de la ville et aux politiques migratoires britanniques. Dédramatisons la question, et traitons-là avec dignité : indépendamment de toute philanthropie, une ville est plus attrayante si elle est une ville d’hospitalité que si elle est une ville de délation.

Dans un premier temps, gelons les expulsions et pallions à l’urgence : aménageons des conditions d’hygiène et de salubrité de base dans les squats et campements où c’est possible, et permettons aux habitants de ceux où ce n’est pas possible d’accéder à un lieu remplissant ces conditions. On sait mettre en place des conditions de base pour accueillir des réfugiés en plein coeur de l’Afrique, on doit savoir le faire ici aussi.

Dans un deuxième temps, créons des petits lieux d’accueil (personne ne veut un nouveau Sangatte) répondant aux standards européens. Les bâtiments vides ne manquent pas à Calais, il y a par contre des moyens financiers à mobiliser.

Ne laissons plus pourrir : avançons !

 

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