Ce dimanche en début d’après-midi, la distribution du repas se termine. Quelques bénévoles discutent à la sortie du lieu de distribution, d’autres sont au campement des Syriens. Tout semble calme.

 

Soudain trois personnes armées de bâtons et d’une barre de fer vont droit sur une tente et se mettent à frapper. Il y a une personne à l’intérieur.

 

Une voiture de police passe, ralentit et va se garer… quelques centaines de mètres plus loin.

 

D’autres personnes interviennent, dans la confusion celle qui était dans la tente s’enfuit, la tête en sang. Les bénévoles présents et certains exilés calment le jeu.

 

D’après le témoignage d’un des bénévoles :

 

« Lorsque les choses se sont un peu calmées, je suis parti à la recherche qui avait été blessé. J’ai vu un attroupement près de la voiture de police, et j’y suis allé. Il était bien là, couché sur la route. Je suis arrivé à-peu-près en même temps que les pompiers. Comme ceux-ci demandaient comment ça c’était passé, je leur ai expliqué ce que j’avais vu. Les policiers m’ont demandé si je faisais partie d’une association, ils n’ont pas noté ce que je disais sur l’agression, ils ne m’ont pas demandé mon identité pour recueillir ultérieurement mon témoignage. Ils n’ont pas répondu aux Syriens qui leur demandaient d’intervenir. Ils sont partis en même temps que les pompiers. Je suis retourné au campement, les agresseurs y étaient toujours, ils sont partis environ une heure plus tard. Je suis parti vers seize heure, la tension avait l’air d’être retombée. Aucun policier ne s’est montré entre temps. »

 

Une agression en plein jour, devant témoins, avec une voiture de police à proximité, et des agresseurs qui semblent sûrs de leur impunité.

 

Par contre, à la distribution de repas du soir, quatre voitures de police, et visite du sous-préfet, ce qui annonce en général une expulsion de squat ou de campement. Ce soir lundi, fouille par la police de toute personne entrant au lieu de distribution des repas.

 

Quant aux agresseurs, vas-t-en les trouver, maintenant. Avec un peu de chance, ils provoqueront dans quelques jours ou quelques semaines de nouvelles bagarres, qui serviront de prétexte à de nouveaux contrôles et peut-être à une nouvelle expulsion.

 

Ce n’est pas la première fois que la police fait preuve de cette passivité étrangère, et se sert de violences qu’elle ne fait rien pour empêcher comme prétexte à son intervention.

 

Après la décision du Défenseur des droits concernant le harcèlement policier à Calais, en novembre dernier, la police se met en retrait. Quand des riverains se plaignent, les policiers répondent qu’ils ne peuvent rien faire à cause des associations. Plusieurs bagarres ont lieu sans qu’ils interviennent. Les tensions montent, l’explosion a lieu au moment de Noël, la police s’en sert pour occuper le terrain et se refaire une légitimité.

 

Le 18 juillet 2012, la mairie de Calais est déboutée par le tribunal de sa demande d’expulsion du squat de la rue Caillette. La mairie fait appel. Le 6 août, une agression a lieu dans le squat et un exilés meurt de ses blessures. Les cinquante habitants du squat sont expulsés dans la journée, court-circuitant la procédure en appel.

 

Le week-end des 19 et 20 octobre derniers ont lieu plusieurs bagarres impliquant des Érythréens. Le 21 octobre, le squat des Érythréens, Rue neuve, est évacué. Les bagarres disparaissent aussitôt après l’expulsion.

 

Tout se passe comme si la police, dans sa guerre aux migrants, utilisait la violence entre migrants pour légitimer les expulsions et l’accroissement des contrôles. Et comme si elle laissait faire ces violences entre exilés qui lui sont si utiles. Utiles aussi pour demander plus d’effectifs, revendication qui réunit le syndicat Alliance, proche de l’extrême-droite, et la maire de Calais. Comme si, ici, police et politique étaient toujours mêlées.

 

 

 

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