Une nouvelle légende urbaine court à Calais, celle d’une augmentation forte et rapide du nombre de « migrants ». Qu’en est-il ?

Si on excepte l’année 2009 (l’année Besson), il y a en gros depuis la fermeture du centre de Sangatte en 2002 entre 200 et 500 exilés à Calais, avec des oscillations lentes ou rapides qui sont souvent liées à des événements lointains.

On est actuellement dans le haut de cette fourchette, avec une augmentation progressive depuis le début de l’année.

Les Syriens fuyant la guerre se sont d’abord réfugiés dans les régions de Syrie épargnées par les combats et dans les pays voisins, et ce n’est que progressivement, voyant que le conflit s’installait, qu’une petite minorité s’est dirigée vers les pays européens, et que quelques dizaines d’entre eux se trouvent à Calais.

Plusieurs bateaux venus de Libye sont arrivés en Italie cet été, et une partie des exilés qu’ils transportaient, principalement des Africains de l’est, ce sont dispersés dans le reste de l’Europe, et certains sont arrivés à Calais. C’est ainsi que les Érythréens et les Éthiopiens, qui étaient devenus peu nombreux depuis deux ans, le sont devenus plus, y compris des femmes et des enfants. Le nombre d’exilés présents à Calais a augmenté a priori d’une centaine de personnes, peut-être un peu plus depuis le début de l’année.

Par contre, les expulsions de ces deux derniers mois les ont rendus beaucoup plus visibles. L’expulsion du squat de la rue Mouron, la « Beer House », qui abritait plus de 150 personnes, suivie d’expulsions en cascade, a conduit une partie d’entre eux à s’installer place de l’Europe, à deux pas du port, à la vue des passants. De même, l’évacuation du squat de la Rue neuve a entrainé la constitution d’un campement au bord du Bassin de la Batellerie, à deux pas de l’hôtel de ville, en plein coeur de la ville. D’autres personnes s’abritent dans les chalets de plage, et s’ils sont moins visibles les propriétaires s’en plaignent.

En un temps court, les exilés sont donc devenus beaucoup plus visibles. De manière très opportune pour en faire un thème de campagne : une situation, qui est constante depuis dix ans, est présentée comme nouvelle, et sert de prétexte à demander qu’on fasse encore plus ce qu’on fait depuis dix ans, harcèlement policier et expulsions en série.

Ce que nous montre cette politique menée avec constance depuis ans, c’est que si les exilés viennent à Calais, ce n’est pas parce qu’il y sont bien traités. Et que même s’ils y sont maltraités, ils y passent toujours.

 

 

Publicités