Le quotidien calaisien n’a pas été transformé par l’élection présidentielle de l’an dernier, en tout cas pas de manière positive.

Les expulsions de lieux de vie et d’abris des exilés se sont poursuivies, de manière plus ou moins brutale, sans concertation ni relogement, et généralement sans procédure légale visible. Il y a simplement une alternance de périodes de pression forte, s’apparentant à de la chasse l’homme, et de périodes moins tendues, pendant lesquelles les personnes peuvent s’installer de manière moins précaire dans des lieux certes insalubres, mais où elles peuvent commencer à avoir de repères.

L’année écoulée a connu deux périodes de traques systématique, au cours desquelles les exilés étaient chassés des lieux dans lesquels ils trouvaient à s’abriter dès qu’ils étaient repérés par la police. La première a commencé juste après le deuxième tour de l’élection présidentielle, et a duré jusqu’au début du mois de juillet. Elle a été suivie d’une période plus calme pendant l’été.

La deuxième a commencé par l’évacuation des deux campements qui s’étaient installés sur le lieu aménagé pour la distribution des repas et sous les arcades de l’ancienne douane qui lui fait face, les 25 et 26 septembre. Elle s’est poursuivie jusqu’en novembre, sa fin coïncidant avec la publication de la décision du Défenseur des droits concernant Calais – coïncidence ou non.

L’hiver n’a pas vu les expulsions cesser, même si elles ont ralenti :

  • le 26 décembre, les arcades de l’ancienne douanes, qui servaient à nouveau d’abris, sont évacuées, 20 à 30 personnes y trouvaient un refuge pour la nuit ; à la fermeture du gymnase servant d’abris la nuit pendant le plan grand froid, une maison abandonnée appartenant à la mairie et qui avait été un centre d’hébergement et de réinsertion sociale est occupée ;
  • elle est aussitôt évacuée, le 30 janvier, 30 à 40 personnes se retrouvent à la rue ;

  • courant janvier, deux petits squats accueillant chacun une demie-douzaine de personnes, sont aussi évacués ;

  • suite à une nouvelle fermeture du gymnase grand froid (selon la température, il ouvre, ferme, puis rouvre), une quinzaine de personnes s’abritent dans des tentes sous un pont près de la mairie ; ils en sont expulsés le 18 mars.

Aucune de ces expulsions n’a fait l’objet d’une procédure légale visible.

Dans le même temps, des associations relayent deux journées d’action pour le logement, le 30 janvier et 16 mars. Elles participent aux deux réunions de concertations mises en place par la préfecture du Pas-de-Calais, et ne débouchent sur rien de concret, et surtout pas sur l’application des mesures de relogement prévues par la circulaire du 26 août 2012 en application de laquelle elles sont sensées se tenir.

Voici le tract de la manifestation du 30 janvier :

VOUS EN AVEZ MARRE DE LES VOIR À LA RUE ?

NOUS AUSSI !

Tandis que les migrants passent leur 11e hiver à la rue depuis la fermeture de Sangatte, la situation des Calaisiens empire.

Combien de Calaisiens vivent sans eau, gaz et électricité parce qu’ils ne peuvent plus payer les factures ? Combien vivent dans des logements insalubres ? Combien d’expulsions cette année à la fin de la trêve hivernale ?

Combien de logements vides à Calais ? Combien de créations d’emploi pour les rénover ? Combien de bâtiments vide qu’on détruit alors qu’il y a des personnes à la rue, comme l’ancien hôpital ?

UN TOIT POUR TOUS, C’EST UN DROIT !

Voici ce que dit la loi :

HEBERGEMENT

ARTICLES L 345-2-2 ET L 345-2-3 DU CODE DE L’ACTION SOCIALE ET DES FAMILLES

« Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence.

« Cet hébergement d’urgence doit lui permettre, dans des conditions d’accueil conforme à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations assurant le gite, le couvert et l’hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d’hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d’être orienté vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l’aide justifiée par son état, notamment un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit-halte-soins-santé ou un service hospitalier. »

« Toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adapté à sa situation. »

et celui de la manifestation du 16 mars :

16 mars : fin de la trêve hivernale

Les expulsions de locataires vont reprendre. Le chômage augmente, la pauvreté aussi. Combien de personnes à la rue ?

  • Est-ce que le gouvernement va maintenir après le 16 mars les places d’hébergement ouvertes pendant l’hiver, comme il l’a promis ?

  • Est-ce que c’est une solution d’expulser les gens de leur logement pour les mettre à la rue, puis les accueillir dans des hébergements d’urgence, pour qu’ils retrouvent un logement après des mois ou des années de galère ?

  • Est-ce que la loi sur le Droit au Logement Opposable (DALO) va enfin être appliquée ?

  • Est-ce que les logements sociaux promis par le gouvernement vont être construits ?

  • Est-ce que les nombreux bâtiments vides qui existent vont être réquisitionnés pour loger les personnes sans-abris ?

  • Est-ce que la chasse aux migrants va continuer ?

Le 16 mars, la chasse aux pauvres est ouverte ?

MA-NI-FES-TA-TION!

UN TOIT POUR TOUS, C’EST UN DROIT!

Samedi 16 mars à 14h

Départ à l’angle de la rue de Moscou et de la rue Lamy

Nous, collectifs et associations en lutte dans plusieurs villes de France pour le droit au logement et le droit à l’hébergement, réunis en coordination le 22 décembre à Paris puis le 23 février à Tours, appelons à participer à la journée d’action du 16 mars proposée par la “ Plateforme logement des mouvements sociaux ”. Nous nous mobiliserons le 16 mars pour faire entendre la revendication d’un toit pour toutes et tous : auprès des pouvoirs publics pour exiger que des solutions soient apportées ; auprès de tout un chacun pour échanger et nous rencontrer. Nous appelons à une mobilisation combattive, pour faire valoir le droit face à un Etat hors-la-loi, et pour appeler chacun et chacune à une solidarité de plus en plus nécessaire pour faire face à la précarité de toutes et tous.

L’appel du 22 décembre, réunissant des collectifs et associations de Rouen, Calais, Tours, Lorient, Nantes, Poitiers, Paris…

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