Peu-à-peu chassés des différents lieux où ils tentaient de s’abriter, un nombre croissant d’exilés se sont installés sur le lieu aménagé pour que les associations de soutien aux exilés leur distribuent des repas.

Un auvent en V conduisant à deux préfabriqués, un pour l’association qui sert les repas le midi en semaine, l’autre pour celle qui sert les repas le soir – l’association qui sert les repas du midi le week-end n’ayant accès ni à l’un ni à l’autre. On y mange debout, il n’y a ni tables ni chaises, ou assis par terre sur le bitume, quand il ne pleut pas – le terrain est en pente, l’eau ruisselle. Au mieux on peut poser son assiette sur l’une des grande poubelles qui, avec la chaleur, puent. Le bord de mer est généralement venteux, s’il pleut la pluie est rabattue par le vent, les auvents n’abritent pas.

Peu-à-peu les exilés s’installent sous les auvents, et tendent des bâches et des couvertures pour occuper le vent et la pluie.

De l’autre côté de la rue, le bâtiment de l’ancienne douane est entouré d’arcades, qui sont occupés de la même manière. Aux alentours, sur les pelouses, quelques tentes fleurissent.

D’ordinaire, les exilés qui se sont installés là ont été expulsés en quelques jours. Cet été non. Au contraire, les services techniques de la ville sont venus plus souvent nettoyer les trois toilettes chimiques qui sont à l’entrée du lieu de distribution des repas, et emmener les déchets.

Mais à la rentrée, changement de ton, la mairie saisit le tribunal d’instance pour demander l’expulsions – qu’elle n’obtient pas, elle n’est pas propriétaire du lieu et elle le sait. Gesticulations politiciennes qu’on retrouve à la réunion de rentrée du conseil des migrants, puis dans la presse les jours suivants.

Gesticulations politiciennes qui, bien sûr, ne débouchent sur aucune solution réelle.

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